Interview
Camille Fontaine
Directrice marketing · Velora
Comment Velora a réorganisé son marketing autour de l'IA
Par La rédaction de Décideurs IA
2 min de lecture
La marque de retail a fait de l'IA non pas un outil, mais une couche transverse à toutes ses équipes. Récit d'une réorganisation qui a commencé par supprimer des réunions.
Chez Velora, l'arrivée de l'IA générative n'a pas produit un nouveau poste ni un nouveau département. Elle a produit l'inverse : une réorganisation qui a redistribué le travail entre des équipes plus petites, mieux outillées, et beaucoup plus rapides. Camille Fontaine, qui dirige le marketing depuis trois ans, raconte une transformation moins spectaculaire qu'on ne l'imagine — et bien plus exigeante.
Par quoi avez-vous commencé ? Beaucoup d'équipes attaquent par un outil.
Justement, non. On a commencé par lister ce qui faisait perdre du temps à mes équipes. Pas les tâches « visibles », mais les frictions : attendre une validation, reformater un brief, refaire trois fois une déclinaison. L'IA est arrivée après ce diagnostic. Si vous achetez un copilote sans avoir cartographié vos frictions, vous accélérez un processus déjà cassé.
Concrètement, qu'est-ce qui a changé dans le quotidien d'un chef de produit marketing ?
Il passe beaucoup moins de temps à produire des premières versions et beaucoup plus à décider. Un brief créatif qui prenait une demi-journée se rédige en vingt minutes, puis on argumente sur le fond. Le goulot d'étranglement s'est déplacé : avant, c'était la production ; maintenant, c'est le jugement.
L'IA n'a pas remplacé des gens. Elle a déplacé la rareté : ce qui coûte cher aujourd'hui, ce n'est plus produire, c'est trancher.
Camille Fontaine, Velora
Trois principes qui ont structuré le chantier
- Un humain responsable de chaque sortie. Aucun contenu ne part sans un nom en face. L'IA propose, une personne signe.
- Pas de double validation. On a supprimé un niveau de relecture. La vitesse de l'IA ne sert à rien si elle reste coincée derrière la lenteur des circuits d'approbation.
- Mesurer le temps libéré, pas le volume produit. Le piège, c'est de produire dix fois plus de contenu médiocre. On suit le temps réaffecté à la stratégie.
Vous avez supprimé un niveau de validation. Comment l'avez-vous fait accepter ?
En montrant que la qualité ne baissait pas. On a tourné pendant six semaines avec l'ancien et le nouveau circuit en parallèle, sur un échantillon. Les sorties du circuit court n'étaient pas moins bonnes — elles arrivaient deux jours plus tôt. À partir de là, la discussion n'était plus politique, elle était factuelle.
Ce qui n'a pas marché
Tout n'a pas été linéaire. La première tentative de centraliser l'IA dans une « cellule d'experts » a échoué : ça recréait un goulot. Les demandes s'empilaient devant trois personnes. La bascule a eu lieu quand on a outillé chaque équipe directement, avec des garde-fous communs plutôt qu'un guichet unique.
Un conseil pour une directrice marketing qui démarre ?
Ne sous-traitez pas la compréhension. Vous n'avez pas besoin de savoir coder, mais vous devez avoir manipulé vous-même les outils. Une dirigeante qui n'a jamais ouvert l'outil ne peut pas arbitrer sur son usage — et c'est elle qui devra arbitrer.
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